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 Une nuit si douce

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Louloute
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MessageSujet: Une nuit si douce   Dim 2 Avr - 11:33

Une bourrasque glacée referma la lourde porte et la précipita dans le froid hivernal. Les lumières de la rue éclairaient l’antique bâtisse et accentuaient son air lugubre. Elle resserra son col et s’éloigna de la bibliothèque en direction de son appartement. Le vent rabattait ses boucles blondes sur son visage tandis que les flocons parsemaient d’étoiles sa chevelure. Elle flânait parmi les vieux immeubles, absorbée dans la contemplation de l’architecture. Son imagination vagabondait à mesure que ses pas la rapprochaient de son foyer. Elle paraissait si sereine ainsi. Qui aurait pu deviner ce que son esprit demandait en secret ? Qui pouvait savoir de quoi ses rêves étaient faits ?

Je mis quelques minutes à trouver mes clés dans le fouillis que constituait mon sac et dispersais quelques notes au passage. J’avais encore passé plus de temps que de raison à la bibliothèque du campus, à accumuler des informations pour ma thèse. Mes yeux rougis de fatigue témoignaient de la passion et de l’acharnement que je mettais dans mon œuvre. C’est ainsi que je qualifiais mon travail sur la symbolique du vampire dans les écrits du XIXe siècle à nos jours. Je parcourais à longueur de jours et de nuits les textes anciens sur les non-morts et leur existence. Ce monde obscure et mystérieux m’appelait à lui. Plus je m’y aventurais, plus il me fascinait. Toutefois, mon univers ne se limitait pas aux goules, succubes et autres immortels. Les anges faisaient des incursions dans ce monde gothique. Mon petit appartement ressemblait à l’Eden un matin de printemps. Partout des anges souriaient et des plumes volaient. On se serait cru sur un nuage si les taches de couleurs chaudes des coussins et draperies ne venaient contraster avec le blanc. C’est là, dans mon antre, que je me débarrassais du froid et de la dureté hivernale ; que je me retrouvais enfin en paix, dans cette ville nouvelle. Tout ici m’était étranger, des cheminées d’usine en briques rouges à la langue que parlaient ceux qui m’entouraient. Je n’étais pas malheureuse, au contraire et cette atmosphère était propice à mes recherches. Quel lieu fascinant que Londres! Allongée sur mon lit, drapée de voile blanc, mon esprit vagabondait encore dans ces ruelles sombres, si propices à mon imagination. C’est en songeant à tout ceci que je me laissais emporter par le sommeil, laissant un brouillard de fatigue m’encercler. Mes rêves me menèrent une fois de plus dans ce lieu devenu familier. Je franchit sans même m’en rendre compte la muraille du château par le pont-levis qui se releva comme par enchantement dès mon passage. Les lumières de toute la demeure brillaient d’un tel éclat que l’on se serait cru en plein jour si le ciel n’avait été si bas, et si noir. Cette antique bâtisse perdue dans une contrée hostile résonnait d’éclats de rire, des voix des convives enivrés sur fond de musique. Je gravis les marches du perron et la double porte s’ouvrit. Le maître d’hôtel me débarrassa de mon manteau de velours pourpre et m’indiqua avec déférence la salle de bal. Les candélabres au mur et au plafond perçaient difficilement la pénombre de ce dédale de couloirs. Ils projetaient de grandes ombres sur les murs couverts de riches tapisseries maintenant si familières. Puis le passage s’élargit pour laisser apparaître une grande arche que dissimulaient de lourds rideaux de velours écarlate. Deux valets vêtus d’un pourpoint et de chausses de cette même couleur s’effacèrent en écartant les tentures pour me laisser passer. Mes yeux mirent quelques instants à s’habituer à la clarté de ces milliers de chandelles. Le spectacle qui s’offrait à moi me coupa le souffle. Partout, des coupes de cristal scintillaient tandis que leurs propriétaires, parés de leurs plus beaux atours, vidaient le fin nectar qu’elles contenaient. C’était profusion de velours, soieries, dentelle, taffetas, or et autres pierres précieuses. Tous étaient d’une beauté rare, quasi angélique. Leur teint de porcelaine attirait les rayons de lumière de toute la pièce. Combien de temps passé-je ainsi, je ne pourrais le dire. Je sentis une main prendre la mienne et une douce chaleur m’envahit. Je me retournai et me noyai dans un océan de bleu pâle. Ces yeux ne me quittèrent pas tandis qu’il effleurait ma main de ses lèvres envoûtantes. Le trouble qui m’assaillit me fit défaillir. Etait-ce du au laçage de ma robe ou à cette émotion si vive qui faisait vibrer toute ma personne? Avant qu’un autre battement de mon cœur ne se produise, sa main se glissa délicatement dans mon dos pour me soutenir. Un sourire bienveillant illumina son visage et une mèche de cheveux noirs lui passa devant les yeux. Son teint rose pâle contrastait avec le framboise de ses lèvres. Il m’attira à lui et son souffle chaud m’effleura. Je tressaillit à nouveau mais son étreinte me maintenait cœur contre cœur. Il me chuchota alors ces mots : « Ma douce est-elle prête à faire son entrée et à saluer nos invités ? » Ces paroles ne me troublèrent pas. Au fond de mon être, je savais que j’étais liée à cet homme. Il pris mon sourire pour réponse affirmative et me guida jusqu’au bas des marches, ma main droite posée sur la sienne, l’autre maintenant le bas de ma robe longue parsemée de dentelle noire et de gemmes. La foule s’amassa au pieds des degrés et se tu. Tous attendaient un mot de leur hôte. Il fit durer l’attente quelques secondes. Son envoûtant sourire aux lèvres, il me jeta un coup d’œil complice afin de me rassurer. Il prit les verres que lui tendait le majordome et m’en offrit un. Il s’éclaircit la voix et prononça ces termes : « Chers amis, je suis honoré par votre présence ce soir afin de vous réjouir de cette heureuse nouvelle : mes fiançailles avec ma charmante Eléa ! Levons nos verres ! » Il ajouta à mon intention, d’une voix grave qui résonna en moi: « A nous ! » tandis que les convives entamaient en choeur : « A Eléa ! A Goran ! ». Et nous vidâmes nos coupes. Le liquide frais ravi mon palais par sa douceur tandis que les bulles chatouillaient ma langue. Une goutte perla à la commissure de ma bouche. Goran passa tendrement sa main dans mon cou et son pouce caressa mes lèvres pour récupérer ce qui semblait être le plus précieux des trésors. L’envie de figer cette seconde à jamais me traversa l’esprit. Puis mon verre vide disparut dans les mains d’une domestique à l’instant où mon aimé me conduisit entre la haie d’honneur que formaient les seigneurs et les dames de toute la région. Les musiciens entamèrent un nouvel air lorsque nous arrivâmes au centre de la salle. Mon cavalier me ceignit la taille et pris ma main droite dans la sienne pour m’entraîner dans une valse enfiévrée. Mes pieds touchaient à peine terre, tout autour n’était que scintillements et miroitements. Il raffermit sa pression dans mon dos et je me retrouvai blotti contre son épaule. Je m’enivrai de son odeur, à la fois fruitée et sauvage. Je levai les yeux sur son si doux visage et son regard rempli d’affection me transperça tel un pieu en plein cœur. Une boucle noire passa à nouveau devant ses yeux si pâles lorsqu’il se pencha pour m’embrasser tendrement. De désir mêlé d’impatience, je m’avançais à la rencontre de son baiser. Je ne sentis que le vide. En rouvrant les yeux, je constatai que tout avait disparu. Les chandelles avaient fait place aux premiers rayons de l’aube, la musique douce au son strident de mon réveil et mon tendre amour était resté au royaume de Morphée. Je repoussais la couette pour affronter cette matinée qui s’annonçait bien terne.

Les prémices de l’aube me forcèrent à me retirer, laissant ma promise à ses rêves. Je devais absolument rejoindre ma tanière avant que le soleil soit levé. Là, il m’était impossible d’exercer mon pouvoir de suggestion. J’étais trop jeune dans le Sang pour agir à si grande distance. Mon Sire est pourtant un être très ancien et terriblement puissant mais il me fallait acquérir ma force au cours des siècles. Je parcourus les quelques kilomètres qui me séparaient de ma crypte et m’éloignaient de mon ange. Je parvins à la cave dont le fond laissa apparaître un couloir sous ma poussée. Nul homme n’aurait pu deviner la lourde porte en pierre parmi les pavés du mur et encore moins l’ouvrir. Je cheminai sans allumer les torches, ma vue surnaturelle me permettait de me diriger sans effort. J’arrivai à la vaste salle dont les tapis moelleux couvraient entièrement le dallage. Mes effets personnels s’étalaient dans toute la pièce. Ca et là on devinait une poterie sur un guéridon, des tableaux de maître de la Renaissance, cadeaux de mon Père ténébreux, ainsi que d’autres souvenirs de mes voyages et époques traversées. Je ne m’attardai pas sur le décor et repoussai le couvercle du tombeau pour m’y glisser. Je m’allongeai dans le satin noir des coussins et refermai le couvercle sur moi. Je ne mis pas longtemps à sombrer dans la torpeur propre à mes semblables. Ma journée passa rapidement grâce aux rêves que m’apporta Morphée. Il me fit revoir ma bien-aimée sur les lieux de notre première rencontre. Cela s’était passé au mois de Mai, quelques heures après le crépuscule. J’avais, comme à mon habitude, exploré les bas-fonds de Londres, parcouru les quartiers malfamées à la recherche d’un tueur. J’en dénichai un dans une gargotte. Je m’attablai après avoir commandé un café serré. J’étendis mes sens tels des tentacules invisibles pour sonder les esprits à la recherche de quelques bassesses commises par les habitués. Un esprit fort sombre attira alors mon attention. Je l’explorai et découvrit un fratricide pour usurper l’identité de son pauvre jumeau. Ma proie m’apporta ma commande. Je lui laissai un bon pourboire et lui envoyai un sourire radieux. Je n’eut pas besoin d’user de mon pouvoir de suggestion, mon charisme suffit à allumer la flamme de son désir. Il entama donc la conversation et s’étonna de mon accent, cherchant à en trouver la provenance. J’entrai dans son jeu de séduction et il fini par me dire que son service se terminai quelques minutes plus tard. Je mis à profit ce laps de temps pour ressentir la douce chaleur diffusée par la tasse, tout en veillant à conserver l’attention du jeune homme blond, Josh. Mes regards appuyés troublaient ses yeux vert émeraude et il ne pouvait me fixer plus de quelques secondes. Lorsqu’il s’éclipsa enfin pour se changer, je sortit et l’attendit près de la sortie de service. Josh sursauta en me trouvant là mais se ragaillardit et m’entraîna jusqu’à son studio. Il tremblai d’excitation lorsqu’il pris ses clés. Il me débarrassa maladroitement de ma veste puis me fis visiter sommairement son refuge. Un bric à brac d’appareils hi-fi en tout genre encombrait le séjour. Le jeune homme étalait cette profusion de technologie et d’objets clinquants. Il évoluait dans un monde superficiel, obnubilé par les images sur papier glacé des mannequins et autres idoles éphémères. Josh voulait tant leur ressembler qu’il avait ôté la vie de son frère, reflet de sa vie dont il rêvait. Julian travaillait comme modèle pour des magasines le jour et payait son loyer avec son emploi de barman. Mon hôte jalousait cette image de lui qui s’affichait dans les rues. Il avait désiré cette vie et maintenant qu’il la possédait, il flambait et se sentait invincible. Cela ne durerait pas bien longtemps... C’est lui qui se rua sur moi pour m’embrasser fougueusement. Je répondis à son geste et l’encourageai en le plaquant contre le mur, sentant clairement son envie d’aller plus loin. Je continuai à le couvrir de baisers tandis que je glissai progressivement vers sa gorge. Les endorphines produites par son hypophyse le rendaient insensible à la piqûre de mes crocs. Je lui envoyais des images de son odieux crime. Il revoyait en flash-back les traits tendus de Julian lorsqu’il l’étrangla, le fardeau qu’il représentait quand il jeta son frère dans la Tamise. Cela le tétanisa et réfréna totalement son ardeur. Josh se débattit mais se heurta à une statue tant ma force était grande. Je le maintins sans effort contre une de ses affiches publicitaires, symbole de sa célébrité passagère. Il tenait tellement à leur ressembler… Jamais il ne pourrait, sa vie allait s’arrêter là, dans cet appartement impersonnel. Sa beauté se flétrirait quand mes crocs se seraient retirés, laissant la mort faire son œuvre. J’absorbai goulûment le liquide chaud et revivifiant avec passion. Mon cœur se remit à battre, ma peau se réchauffa et rosit. Ma force grandissait à mesure qu’il me cédait la sienne avec beaucoup moins de résistance à présent. Je continuai à l’accabler, à lui faire voir ses fautes. Il tenta de mettre fin à sa douleur en s’excusant, suppliant, proposant la lune mais avait-il cessé quand sa victime agissait ainsi ? Je prenais plaisir à le torturer. Le démon qui m’habitait jouissait de cette souffrance et de ce désespoir. J’aspirai la dernière goutte de son sang impur et refermai avec une goutte du mien. Je laissai choir l’enveloppe corporelle vide qu’il était devenu, saisi mon pardessus et quittai ce lieu de désolation sans me retourner. La nuit m’appartenait. J’étais repu et ma chasse terminée. Je décidai de flâner dans les rues londoniennes. Les étoiles me guidaient à travers la ville. J’écoutai les pensées des âmes errantes sans y prêter vraiment attention. L’une d’entre elles éveilla toutefois ma curiosité. Cela ressemblait à un appel, timide mais sincère. Ce désir de rencontrer un être tel que moi m’intrigua, je voulais en savoir davantage. Je scrutai les esprits afin de découvrir la source de cette requête. J’appris avec étonnement que c’était une jeune femme, trop jeune à mon sens pour avoir d’aussi sombres désirs.

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