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 Nouvelle: Une journée comme les autres

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Le Cornichon Masqué
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MessageSujet: Nouvelle: Une journée comme les autres   Lun 14 Aoû - 4:32

Hum, voilà...Moi qui suis plus du genre à pondre des sagas longues comme un jour sans pain, j'ai tenté de faire une nouvelle, prenant comme exemple l'uchronie...Merci de votre avis!

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Même si, comme tous mes compagnons, je m’étais levé avec le soleil, il nous avait fallu toute la matinée pour traquer cette bête. Celle-ci était très rapide : sans doute d’autres mutations. Mais pourtant, malgré leur chair fade et bourrée de tumeurs, il nous fallait chaque jour chasser l’un des Enfants de la Bombe pour avoir l’espoir de ne pas être punis par nos maîtres, pour que ceux-ci aient à manger.
Elle était là, en-dessous de mon groupe. Je faisais signe aux autres esclaves de ne pas tirer. Peine perdue : le plus jeune, un Sous-Homme de niveau 3, conçu pour le combat sans réfléchir, tira sur la bête. La troisième tête de l’Enfant de la Bombe se tourna vers nous et il rua.

-Tirez ! Tirez !

Tous les Sous-Hommes tirèrent sur la peau de la bête, qui était dure, comme depuis quelques années, comme l’acier de nos fusils. Elle répéra le tireur et le déchiqueta entre deux de ses têtes. J’en avais vu d’autres : je tirai dans son point faible, dans la cervicale principale, celle qui reliait la colonne vertébrale à toutes les têtes. La bête se rua vers moi…Et s’effondra. Ce fut la curée : avec nos tronçonneuses, nous entreprîmes de découper la carapace de la bête.

-Elle puissante !
-Oui, elle a une quatrième tête…Encore une mutation…
-Maîtres contents !

Mon vocabulaire était différent de celui des autres esclaves, chasseurs, agriculteurs ou domestiques faits pour être corvéables à souhait, car étant génétiquement modifiés sur leurs lieux d’élevage de façon à ne pas prendre conscience de leur servitude. Moi, je suis un Sous-Homme de niveau 1. Le plus fort des sous-hommes, assez supérieur pour se rendre compte que j’étais un esclave, assez inférieur pour ne pas me révolter contre mes maîtres. Je servais à diriger la masse des autres Sous-Hommes de la propriété, ou à tenir des conservations basiques avec les invités de mon maître, quand j’étais autorisé à les servir.
Chargeant le cadavre sanglant de la bête sur notre camion, je me plaçai près du conducteur, un Sous-Homme de niveau 4 qui ne savait que fouetter les quatre Enfants de la Bombe domestiqués qui tractaient le camion. Il ne nous fallut que peu de temps à atteindre la ferme Schneider, le domaine de mon maître, Herr Schneider : nous ne nous étions pas trop éloignés. En mettant pied à terre pour décharger le monstre, je vis un Sous-Homme tirer par les pieds le cadavre d’une Sous-Femme de niveau 2 nue, le ventre détruit pour une grenade. Herr Schneider en avait eu assez de cet esclave sexuel, et l’avait pris comme gibier lors de ses chasses au sous-homme hebdomadaires. Dommage, je l’aimais bien, celle-là, j’avais même envie de l’engrosser. C’était pas comme les Sous-Hommes de niveau inférieur à 3, stérilisés car si attardés qu’ils donneraient des horreurs mille fois pires en se reproduisant.
En baissant la tête pour éviter de croiser le regard de mes maîtres, s’ils passaient par là, je rapportai un morceau des abats de l’Enfant de la Bombe dans mon dortoir. Je le cachai sous ma tunique, pour éviter que mes camarades de dortoir jaloux ne me le volent ou qu’un des Surveillants de mauvaise humeur ne me le confisque et me roue de coups. Je grimpai sur mon lit et je le dévorai, tiraillé par la faim. Je n’avais rien mangé depuis deux jours, mais ce n’était pas grave : j’étais conçu pour manger un minimum.
Je passai le début d’après-midi à diriger la récolte de légumes du côté est du domaine. Diriger des récoltes de légumes était bien plus rapide que celles de coton que je faisais lorsque j’étais au service du domaine Schmidt, à l’est. Lorsque Herr Schneider attaqua son voisin, massacra mes subordonnées et me fit prisonnier, j’étais presque soulagé, même si je n’avais en aucun cas le droit de montrer ma joie à mes maîtres. Après quelques heures de travail, un Surveillant m’appela.

-Sous-Homme de niveau 1 ! Viens ici !

Je quittai le champ et, tête baissé pour ne pas croiser le regard d’un être qui était un simple homme, supérieur à moi avant tout, j’écoutai :

-Eroberung veut son instruction. Cours jusqu’à sa chambre le plus vite possible.

Je courus à en perdre haleine jusqu’au manoir, toujours tête baissée, me répérant grâce aux cailloux sur le sol. Une fois la porte du manoir ouverte, je ralentis pour éviter de faire du bruit, et je montai à tâtons les escaliers. J’entendis Frau Schneider qui hurlait contre les Sous-Femmes cuisinières, Herr Schneider qui violait une autre Sous-Femme, et un médecin venu de la Stadt qui disait à un Surveillant qu’il n’y avait rien à faire pour Führer, le dernier enfant Schneider. La Sous-Femme que j’avais vue morte ce matin, qui occupait occasionnellement les fonctions d’infirmière auxiliaire, m’avait dit que le seul garçon et cinquième enfant avait des organes génitaux ratatinés et aucun nez. Sans doute serait-il euthanasié vite fait, comme sa sœur Sieg, cul-de-jatte et gazée l’année dernière.
Eroberung, la deuxième fille et le seul enfant survivant jusque là, était connue pour sa soif de savoir. Je ne l’avais jamais vue en face (fille d’un Aryen !), mais je voyais ses pieds. Il n’y avait que trois orteils au pied gauche, et aucun au droit. Je ne savais pas sur quoi mettre les malformations des enfants de mes maîtres : les retombées des Bombes, la consanguinité ou la maladie ? Eroberung était promise au fils du beau-frère de Herr Schneider, Herr Siemens. Or, Frau Schneider, sœur de la femme de Herr Siemens, était la petite-fille du père de Herr Schneider… Donc, Eroberung était destinée à épouser le neveu de sa mère, ou l’arrière-petit-fils de son grand-père…Après la Grande Campagne de Purification de la Troisième Décennie, les Aryens en étaient réduits à l’inceste pour subsister.

-Salutation, Maîtresse.
-Je veux ma théologie. Tu es peut-être un Sous-Homme, mais tu en sais long sur l’histoire de l’Empire.

J’essayais de me souvenir où j’en étais resté…Eroberung demandait toujours ses cours sur un caprice, sachant que je délivrais mes connaissances sans faute. Et encore, lorsqu’elle était petite, elle me poignardait lorsque je ne disais pas exactement le texte de ses livres…A force de les apprendre par cœur, j’avais fini par y comprendre quelque chose. J’avais eu la chance d’être sauvé sur ordre d’un Surveillant, qui savait que les Sous-Hommes lettrés étaient rares.

-Le Dieu principal, le Grand Guide, fut choisi pour diriger son peuple au 1er Goering de l’an 1 de l’Empire. Son nom, c’est un fait, était le Noble Loup. Il a reconstruit l’Empire et a mené la Grande Guerre de Conquête de l’an 6 à l’an 17 de l’Empire. Il a réduit en esclavage tous les peuples inférieurs aux Aryens, réparti les terres de l’Empire entre les plus méritants membres de l’Ordre Noir, dont descend votre puissant père, fondé la ville de Germania et a purifié le monde de toutes les races impures, sauf les Sous-Hommes dignes d’entrer au service des Aryens. Il a été déifié après a mort, ce qui a officialisé l’actuelle religion. On dit que le Grand Guide vit dans les montagnes de la mythique Thulé et qu’il reviendra quand l’Empire aura bes…
-Je connais ces légendes. Je veux l’Histoire des Races Eteintes.

C’était bien ma veine. L’histoire de la Purification remontait à des siècles : si elle avait eu lieu après l’an 20 et jusqu’en 37, nous étions en l’an 248 de l’Empire, à présent. Si je me trompais, elle était capable d’ordonner aux Surveillants de me tuer…Je me concentrai et je racontai :

-Euh…Il y avait les Nomades, qui allaient d’un bout à l’autre du monde dans des maisons roulantes…Les Orientaux, qui avaient soit la peau jaune ou la peau brune, et qui vivaient loin, à l’Est…Les Nègres, qui avaient la peau noire comme la terre et qui vivaient dans un continent ensoleillé au Sud…Les Indiens, dont on ne sait pas s’ils vivaient à l’Est avec la peau noire ou à l’Ouest avec la peau rouge ou brune…Les Rouges, qui avaient pourtant la peau blanche presque comme vous les Aryens, et qui vivaient à l’Est, gouvernés par le Grand Homme d’Acier…
-Tu as oublié les plus importants…
-Oui…Les Juifs…
-Ils étaient vraiment infâmes, à ce qu’on dit…
-Oui…Ils gouvernaient le monde, dit-on, et avaient comploté contre l’Empire naissant…Après avoir tenté de les envoyer vers le pays des Rouges, on a décidé de tous les assassiner…Ils avaient un culte qui leur disait de vénérer qu’un seul dieu…On raconte mille légendes horribles sur eux…
-Je veux les entendre…

La curiosité morbide des jeunes Aryens m’horrifiait…Et je racontai tout…Le sang des petits Aryens qui gonflaient leurs aliments secs…Leurs complots innomables pour contrôler le monde et reprendre aux peuples frères des Aryens le pays dont ils venaient…Leur nature sournoise et usurière…Au fond de moi, je savais que c’était faux, mais au nom de ma servitude, je devais m’employer à dire tous ces mensonges…Une fois repue de détails scabreux, Eroberung me dit :

-C’est bon. Pars.

Sans quitter le sol des yeux, je quittai la chambre de la petite fille…Je faisais toujours référence aux points cardinaux, mais pour savoir dans quelle partie du monde j’étais…Dans l’ancien pays des Rouges, peut-être ? Tout ce que je sais, c’est que Germania est à l’Ouest d’ici, à des semaines entières de marche…La où se trouvait le Guide actuel, dont j’ignorais le nom, car je n’étais pas digne de l’entendre…
En descendant les escaliers, je vis un Surveillant traîner sur le sol le cadavre à la tête trouée d’une balle d’un Sous-Homme de niveau 2. Qu’avait-il fait ? Ou il avait mal rattrapé le verre d’alcool que lui lançait Herr Schneider après s’être servi, ou il avait failli à d’autres tâches domestiques. En tout cas, ça concernait quelque chose à l’intérieur de la maison : autrement, Herr Schneider ne l’aurait pas vu, et alors que les Surveillants se contentent de nous rouer de coups, lui, il préférait directement les enfermer dans la cave et ressortir les fautifs lors de ces parties de chasse…L’un de ses inconvénients par rapport Herr Schmidt, il faut dire.
Je retournai à ma récolte, jusqu’à ce que le soleil devienne rouge en disparaissant sous l’horizon encombré de poussières radioactives…C’était le temps pour les offices. La famille Schneider prirent leur véhicule pour aller jusqu’au Temple des Sur-Hommes, vénérer les dieux : Noble Loup, le Grand Guide ; Guerrier, le Maître des Airs ; Chef de la Maison, le premier Guide de l’Ordre Noir ; Qu’Il ajoute, dont la voix portait aux quatre coins de l’Empire ; Baldur, le maître des jeunes Aryens ; Dieu a Etabli, l’auteur du pacte provisoire avec les Rouges…
Nous, les Sous-Hommes, nous avions notre culte particulier, celui de la Force, du Labeur, de la Servitude et de la Fatalité. En tant que Sous-Homme de niveau 1, j’assurais la récitation des cantiques. Ceux de niveau 2 ou 3 étaient assez intelligents pour réciter à mon tour les paroles de bénédiction. Ceux de niveau 4 ou 5 se contentaient d’écouter avec une ferveur incroyable, même s’ils ne devaient rien comprendre. Un Surveillant veillait à ce que l’office se déroule bien. Je ne leur en voulais pas, aux Surveillants, malgré leur violence : ils savaient eux-mêmes, Hommes normaux qu’ils sont, que s’ils avaient porté un numéro de série différent, on les aurait génétiquement modifié pour en faire des Sous-Hommes, comme moi, comme eux…A cause de la présence du Surveillant, nous étions yeux tournés vers le sol, en récitant :

-O Vous, Guides du passé, Guide du présent, Guides du futur,
Nous Vous remercions de nous avoir épargnés, nous les Sous-Hommes,
De nous laisser la Force pour Servir la Race des Seigneurs,
De daigner nous laisser faire Leur Labeur,
De nous avoir permis d’être leurs Esclaves,
Et de nous laisser l’Honneur d’être emportés au tombeau
A la moindre de nos multiples incompétences.
Salutation mon Guide,
Que je sois encore Ton humble Esclave jusqu’à ce que la Fatalité s’abatte.

Après l’office, c’était la distribution de nourriture hebdomadaire : c’était le jour. On nous servait les restes plus ou moins pourris des Aryens ou des Surveillants. Ceux-ci nous regardaient, avec leurs Livrets de Dénonciation, auxquels chaque Sous-Homme était appelé à y contribuer, même les Sous-Hommes de niveau 5, qui grimaçaient jusqu’à donner une idée du numéro du fautif. Ceux qui avaient bien fait leur travail recevaient assez de nourriture pour pouvoir se resservir dans quatre journées ; ce que j’avais eu, la dernière fois, et que j’eus à nouveau. Les bons serviteurs recevaient une part normale. Quand aux fautifs dénoncés, ils étaient privés de nourriture ; les cas les plus graves étaient étranglés pour les Surveillants. Ce fut le sort pour un Sous-Homme de niveau 4 qui n’avait pas nettoyé les Dissipateurs de Radioactivité, et pour deux autres dont le niveau et la raison m’échappèrent.
Une fois les secondes laissées pour se nourrir épuisées, les Surveillants nous emmenèrent violemment jusqu’à nos dortoirs. Ils refermèrent les portes après nous avoir mis entre nous, croyant que nous nous endormirions rapidement.
Mais c’est là qu’ils se trompaient. La nuit ne faisait que commencer.
D’abord, contrairement aux plus âgés d’entre nous, nous ne ressentons plus le besoin d’aller nous reproduire ou de dormir une fois dans nos dortoirs ? Erreur de laboratoire ? Complaisance des généticiens ? Mutation génétique ? On ne le saura jamais.
L’un de mes camarades sortit nos biens les plus précieux, alors que nous nous rassemblions tous autour de lui, en admiration devant nos trésors : un livre, un vrai, datant d’avant la création de l’Empire, refermé dans un container de verre moins ancien ; un chandelier rouillé ; un médaillon cassé en forme d’étoile…
Ils avaient été apportés par un nouveau Sous-Homme, acheté au sud de Germania par Herr Schneider durant un voyage…Lors des travaux d’aménagement des fermes, on retrouvait de plus en plus d’artefacts similaires, qui se dispersaient aux quatre coins de l’Empire au fil des achats d’esclaves. Le Sous-Homme qui les avait apportés (il avait été tué il y a quelques semaines lors du déchargement d’un char de ravitaillement) nous affirmait qu’aux quatre coins de l’Empire, ce qu’enseignait ce livre était de plus en plus répandu. Tous les Sous-Hommes avaient adhéré, et on disait même que des propriétaires aryens avaient découvert les livres et projetaient de le rapporter aux proches du Guide, à Germania, pour le lui faire connaître.
Il m’avait appris à comprendre cette langue morte dans laquelle elle était écrite, et à lire à voix haute la traduction pour mes compagnons. Les plus téméraires les récitaient ensuite aux autres Sous-Hommes, même de niveau inférieur, pour leur niveau de compréhension.
Et lorsque ce livre tomberait en poussière, ce serait trop tard : nous saurions tous ce qu’il racontait.
Il nous racontait l’Histoire du monde en de temps très anciens, gouverné par un Dieu sévère mais juste, bien mieux que nos Maîtres, et de son peuple protégé, qui ne devait croire qu’en lui et aucun autre, et qui traversa les horreurs de l’Histoire sans discontinuer, malgré les guerres, les crises et les troubles, sans perdre ce Dieu unique, bien plus humain que nos anciens dirigeants déifiés.
Et ce livre, c’était marqué sur la page de garde, s’appelait la Torah. Et le nom des membres de ce peuple étaient : les Juifs.

Arthur de B.

Acapulco, le 10 août 2006
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